Les peintures naturelles

Par Carole Hili, de l'entreprise Tockay.

Si vous êtes désorienté devant le vaste choix de peintures offert sur le marché, sachez qu’un certain nombre de critères peuvent vous aider à faire un choix éclairé. Votre peinture doit avant tout être adaptée à l’usage que vous faites d’une pièce. Le rendement de la peinture, son pouvoir couvrant, son coût, sa composition et son impact écologique sont autant de critères à prendre en compte.

Le guide qui suit porte sur les peintures murales intérieures et donne un aperçu des différents types de peintures disponibles sur le marché, leurs propriétés et les possibilités d’application afin de vous aider à y voir plus clair.

Les peintures d'hier et d'aujourd'hui
Les premières peintures étaient fabriquées à base de matières naturelles : argile, chaux, caséine, huiles et pigments naturels. Elles sont largement utilisées jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, lorsque les produits synthétiques d’origine pétrochimique font leur apparition et viennent en grande partie détrôner les peintures naturelles.

Les revêtements modernes de synthèse comme le latex, l’acrylique, les alkydes, ou les vinyliques offrent plusieurs avantages. Toutefois, ils sont sources de pollution de l’air, des sols et de l’eau avec de sérieuses conséquences sur l’environnement et la santé.

Un retour à l’utilisation de peintures naturelles s’effectue depuis quelques années. Ceci est encouragé par certains fabricants qui ont mis au point une nouvelle génération de peintures à base de matières naturelles biodégradables de haute qualité et adaptées à aux constructions modernes.

 

Comprendre les peintures
Composition des peintures
Une peinture est généralement composée de :

  • Liants ou résines : ils lient entre eux les composants de la peinture et permettent au mélange de se fixer sur le fond au moment du séchage ou de la solidification.
  • Solvants (diluants) : ils dissolvent tous les constituants pour obtenir une formule liquide facile à appliquer. Ils sont dits solvants inorganiques, comme l’eau, ou solvants organiques, comme les solvant à base d'hydrocarbures (ex. white spirit, toluène, xylène, etc).
  • Pigments : ils donnent à la peinture la teinte désirée.
  • Additifs : ils améliorent les qualités du mélange des composants de la peinture (séchage plus rapide, meilleure conservation, etc).
  • Charges : substances généralement d’origine naturelle. Elles apportent d’autres propriétés spécifiques telles que : viscosité, épaisseur, effet stabilisateur, etc. (ex: poudre de marbre, silices, talc et kaolin).

 

Types de peintures
Dans la tableau suivant (non exhaustif), les peintures sont classées en deux grandes catégories et deux sous-catégories décrivant chacune la composition d’une peinture. Le terme « peintures synthétiques » fait référence aux peintures courantes issues de la pétrochimie et celui de « peintures naturelles », aux peintures moins courantes issues de matières naturelles biodégradables. La sous catégorie « en phase solvant » indique les peintures qui se diluent au solvant organique, alors que « en phase aqueuse » indique celles qui se dilue à l’eau.


Note : les fabricants ne sont malheureusement pas contraints de dévoiler la liste des ingrédients de leurs produits. Les fabricants les plus conséquents déclarent toutefois tous les ingrédients de manière transparente, d’autres ne le font que de manière partielle et n’hésitent pas à camoufler des ingrédients pétrochimiques sous des dénominations d’apparence inoffensive, offrant des pseudo-peintures naturelles. 

 

Pourquoi choisir une peinture naturelle ?
Une question de santé
Les peintures synthétiques sont composées d’ingrédients issus de la pétrochimie et de la chimie dite lourde. Elles contiennent dès lors des produits toxiques qui sont libérés pendant et après leur mise en œuvre. Ces émanations imprègnent les tissus et moquettes de l’habitat et restent présents dans l’air pendant plusieurs mois. Les peintures synthétiques en phase aqueuse contiennent beaucoup moins de solvants (5 à 15%) comparativement aux peintures synthétiques en phase solvant et sont à préférer pour cette raison. Malheureusement, elles ne sont pas totalement exemptes de substances toxiques. Des additifs chimiques, des pigments contenant des COV, des biocides et même des métaux lourds sont souvent ajoutés aux peintures pour empêcher le développement de moisissures et de bactéries et pour améliorer certaines caractéristiques du produit.

Les peintures naturelles fabriquées à base de matières premières renouvelables et biodégradables, en particulier celles en phase aqueuse, sont non toxiques. Leur capacité de diffusion (respirant) est dans la plupart des cas bien supérieure à celle des peintures synthétiques, ce qui contribue à créer un intérieur sain. Elles éliminent les charges électrostatiques et l'attraction des poussières et réduisent par conséquent le développement des acariens. Ainsi, le pH élevé de la peinture à la chaux constitue un système anti-moisissure naturel et non toxique approprié pour les espaces humides comme les salles de bains, sans que l’on fasse usage de produits antifongiques chimiques et toxiques.

Une question environnementale
Les peintures synthétiques et les solvants qu’elles contiennent ont un impact nuisible sur l’environnement. Bien que les peintures synthétiques diluables à l'eau (i.e. peinture latex, acrylique) soient moins toxiques et polluantes que les peintures synthétiques diluables au solvant, elles contiennent de minuscules particules synthétiques qui ne sont retenues par aucune station d’épuration d’eau et viennent polluer les cours d’eau. Même si ces produits sont diluables à l’eau, il faut se rappeler qu’ils sont essentiellement constitués d’ingrédients issus de l’industrie pétrochimique. Quant aux peintures recyclées, elles contribuent certes à réduire les déchets dangereux et sont souvent sans composés organiques volatils, mais on peut tout de même s’interroger sur l’impact sur la santé et l’environnement des autres substances chimiques non mentionnées qu'elles contiennent.

Les ingrédients des peintures naturelles sont en grande partie renouvelables. Ils réduisent ainsi l’impact sur l'environnement tout au long de leur cycle de vie, de l'extraction des matières premières jusqu'à leur traitement en fin de vie. L’éventail de différents types de peintures à base végétale ou minérale est grand : peinture à base de silicate, de chaux, de lait, d’argile, de résines naturelles, d’huiles naturelles, etc. Selon le fabricant, de telles peintures contiennent soit des produits peu toxiques pour l’environnement et la santé, soit des produits qui ne contiennent aucune matière dangereuse. Contrairement aux peintures conventionnelles, les résidus secs de la plupart des peintures naturelles peuvent être déposés dans les déchets ménagers, voire même être compostés.

 

Les COV
Les COV les plus courants sont le formaldéhyde, le benzène, le toluène (des alcools), les solvants organiques et les gaz combustibles. Ils peuvent provoquer des étourdissements, des nausées, la fatigue et bien d'autres symptômes. Ils se retrouvent notamment dans les meubles, les panneaux d'agglomérés, les peintures et les produits ménagers. Ils sont donc à limiter voire à bannir de nos espaces de vie.

 

Rentabilité
Une peinture naturelle est plus chère si elle est comparée à une peinture dont la qualité est différente. Elle ne coûtera pas plus cher si on la compare à une peinture synthétique de qualité supérieure offrant des mises en teinte sans COV. Il est à noter qu’en général, les teintes foncées des peintures naturelles augmentent le prix en raison des pigments utilisés.

 

Calculer les coûts :
Les peintures plus coûteuses sont parfois plus fortes en charges et couvrent donc mieux. Elles ont un rendement supérieur permettant de couvrir plus de pi² et d’appliquer éventuellement moins de couches. Si l’on compare les prix des peintures, il faut donc tenir compte du rendement de la peinture et non du volume (en litres) du pot.

Dans un premier temps, calculez la surface à peindre, puis référez-vous au rendement de la peinture indiqué sur l’étiquette. Vous pouvez dès lors calculer la quantité de peinture nécessaire selon chaque marque et les comparer. Notez que tous les produits expriment le rendement pour une couche de peinture. Généralement deux couches sont à prévoir. Le rendement peut varier selon votre façon de peindre mais surtout si votre support est poreux ou structuré (mur en crépi ou en brique par exemple).

Calculez toujours un peu plus de matériaux  pour exécuter facilement les retouches ou les raccords et afin de disposer d’un reste suffisant pour d’éventuelles réparations. Sachez que le peintre amateur a souvent tendance à utiliser plus de matériaux qu’il n'en faut. Considérez qu’il est important de bien préparer ses supports. Il faut dans la plupart des cas appliquer d’abord une couche de fond si l’on veut s’assurer d’un bon rendu.

Faites bien vos calculs de quantité et évitez d’acheter inutilement de trop grandes quantités de peinture. Les peintures en poudre permettent de mélanger uniquement les quantités nécessaires.

 

Choisir une peinture 

Peintures intérieures adaptées pour chaque type de support
La qualité et la durée de vie d’une peinture dépend :

  • du choix du type de peinture;
  • de la bonne préparation préalable des supports;
  • de la bonne mise en œuvre de la peinture.

Le tableau ci-dessous indique les principales catégories de peintures intérieures pour murs et plafonds prêtes à l’emploi disponibles sur le marché et les supports/fonds qui leur sont généralement adaptés. Il est important de vérifier auprès du fournisseur la compatibilité d‘une finition avec le support choisi.

Note : Le tableau ci-dessus indique la peinture adaptée à chaque type de support :  = approprié, = inapproprié, = approprié sous certaines conditions (par exemple moyennant un traitement préalable ou sous certaines conditions). Cette appréciation concerne uniquement l’adéquation au support et ne donne aucune appréciation du point de vue de critères environnementaux et sanitaires.

La mise en œuvre des peintures naturelles est en général comparable à celle d’une peinture courante synthétique, avec néanmoins quelques différences. Ne contenant pas d’ingrédients de la chimie lourde afin d’améliorer certaines propriétés, elles demanderont par exemple d’être remuées de temps en temps lors de leur application ou encore auront des temps de séchage plus grands. Ces caractéristiques ne constituent pas un obstacle de taille en soi, et surtout, évitent l’usage d’ingrédients toxiques!

N’hésitez pas à vous informer auprès de votre marchand de peinture et lisez avec attention les fiches technique de la peinture choisie. La mise en œuvre de la peinture demande toute l’attention qu’elle mérite.

Conseils et astuces
Pour savoir si une surface déjà peinte est recouverte d'une peinture en phase aqueuse ou en phase solvant, faites un test très simple. Appliquer de l’alcool à friction sur un linge et frotter la surface. Si la peinture se retire, c'est qu'elle est en phase aqueuse, si elle reste intacte, elle est en phase solvant.

Afin de vous assurez un bon rendu, portez un soin particulier à la préparation de votre fond/support. Cette étape est tout aussi importante que l’application des couches de finitions.

Les peintures synthétiques lavables classiques ont en règle générale une plus grande résistance à la saleté mais ont l’inconvénient d’être composées de différents produits chimiques nocifs. La majorité des peintures naturelles ont un fini mat à velouté, ce qui implique en général - tout comme les peintures de synthèse de même finitions - une plus faible résistance à la saleté, variable selon les types de peintures et les marques. Plusieurs marques de peintures naturelles proposent toutefois des produits servant à augmenter cette résistance tels que des cires, des liants naturels, ou du savon de Marseille (sur la chaux).

 

Le saviez-vous ?
Sur le plan strictement chimique les composés organiques volatils sont composés de
carbone et d'hydrogène pouvant facilement se trouver sous forme gazeuse dans l'atmosphère. Il en existe deux types :

Les COV anthropique: proviennent du raffinage, du transport, des solvants industriels, des procédés chimiques, des déchets de l’agriculture, etc.

Les COV naturels : proviennent des émissions par les plantes, les forêts, les fermentations, etc.

Les uns comme les autres peuvent être nocifs à votre santé. Selon Environnement Canada, les sources anthropiques de COV dans les régions fortement peuplées et industrielles restent la principale cause des problèmes de qualité de l'air. Les COV naturels existent depuis toujours et sont indissociables de la vie. Notre planète s’en est accommodée pendant des millions d’années, beaucoup d’entre eux étant naturellement biodégradés par les bactéries, les champignons, les plantes, les UV ou l’ozone. C’est l’activité humaine et en outre les COV anthropiques qui sont venus rompre cet équilibre.

 

Les certifications écologiques
Il existe plusieurs écolabels dans le secteur des peintures. De manière générale,  les peintures certifiées sont plus respectueuses de l’environnement que celles qui ne le sont pas, même si elles ne sont pas forcément exemptes de certains produits synthétiques issus de la pétrochimie. Et encore faut-il que les exigence d’un label spécifique soient contrôlées de manière indépendante par une tierce partie...

Il est aussi à noter qu’un problème essentiel reste à la base pour les petites entreprises : l’aspect financier. Les programmes des «écolabels» sont certes volontaires mais ils ne sont pas gratuits. Aussi, c’est à la fois beaucoup de temps et beaucoup d’argent qu’investissent les fabricants afin d’obtenir  des certifications. Ainsi, certains fabricants de peintures naturelles ne souhaitent pas obtenir de certifications.

 

Conclusion
Il existe de nombreuses marques et types de peintures sur le marché.  Chacune d’entre elles a sa propre composition, de sorte qu’il est impossible de toutes les comparer. Un choix judicieux de peinture doit d’abord tenir compte du type de pièce et du support sur lequel la peinture sera appliquée. Assurez-vous de préparer le support avec des produits compatibles à la fois avec le matériau du support et la finition choisie.

Pour épargner votre santé et l’environnement, optez pour des peintures et des matériaux de finition écologiques, constitués principalement de matières premières minérales ou végétales renouvelables et inépuisables. Ces produits de finition ne contiennent aucun de solvant, consomment très peu d’énergie à leur fabrication et sont biodégradables.

 

Pour en savoir plus :
La législation au Canada :
http://www.ec.gc.ca/cov-voc/default.asp?lang=Fr&n=59828567-1
http://www.ec.gc.ca/cov-voc/default.asp?lang=Fr&n=79D4AE5C-1

Définition des COV du gouvernement du Québec
http://www.mddep.gouv.qc.ca/air/cov/index.htm

La législation en Europe :
http://europa.eu/legislation_summaries/environment/air_pollution/l28029b_fr.htm

Ecolabel européen
http://ec.europa.eu/environment/ecolabel/

Bruxelles Environnement:
http://www.bruxellesenvironnement.be

 

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